Les canonnières très nombreuses dont sont équipées tours et courtines constituent le principal critère de datation. La majeure partie des canonnières conservées, réparties sur les deux premiers niveaux des tours D,E,G, au niveau 2 de la tour K, à la porte J, et en plusieurs points des courtines (F-G, I-J, K-L), appartiennent à un type dit "embrasure à la Française" qui se caractérise par le fait que la partie la plus étroite de l'embrasure (en l'occurrence le trou à canon) n'est plus au nu du mur extérieur comme dans le cas de l'archère-canonnière, mais à mi-distance de l'épaisseur du mur, et quelle est prolongée par un ébrasement extérieur en entonnoir se terminant par une ouverture plus large que haute, rectangulaire ou tendant à l'ovale, comme le sont celles de Lafauche. Selon l'épaisseur totale du mur, l'ébrasement vers l'intérieur peut être plus ou moins profond, ou prendre la forme d'une niche partant du sol, voire d'une casemate murale. Ces trois formes sont représentées au Château de Lafauche: la première est la plus répandue, illustrée notamment par les 15 embrasures bien conservées des tours E et G, la seconde par l'embrasure intacte de la courtine F-G (petite niche), ou par celle, ruinée, de l'ouvrage J (grande niche). Enfin, la tour K conserve une embrasure en casemate murale au sol dénivelé de 5 marches de la salle de la tour. On note que cette casemate est équipée de placard latéraux, mais surtout d'un évent percé au-dessus du trou à canon dans la voûte de la niche, formant cheminée oblique débouchant dans le parement extérieur pour évacuer les gaz toxiques après les tirs. Toutes ces embrasures " à la Française" de Lafauche ont invariablement un orifice circulaire d'un diamètre de 18cm (tours G,E) à 22cm (tour K), avec un minuscule cran de mire en haut, percé vers l'intérieur dans un petit tableau carré délardé en feuillure de 5cm, sans doute destiné à un volet.
Si ces embrasures ont pu être percés après coup dans certaines portions de courtines plus anciennes (B-C-D) ou elles apparaissaient, comme en attestent le plan début XVIIIe et les vestiges qu'elles ont laissé, le fait qu'elles ont été conçues en phase avec la construction des tours qui en sont équipées (sans oublier la porte J...) ne fait aucun doute, tant du fait de l'unité de la conception défensive de ces ouvrages que de l'homogénéité de leur mise en œuvre.
Ce type d'embrasure est conçu à l’ origine non pour des grosses pièces, mais pour des tubes à feu assez maniables pour être maintenus dans l'orifice par le servant debout et pivoter horizontalement. Il apparaît pour la première fois dans une fortification datée en France au Mont-Saint-Michel(Tour Boucle, 1481) et aux châteaux royaux de Dijon et Beaune en Bourgogne, à la charnière du règne de Louis XI et de celui de Charles VIII, c'est à dire vers
1483. Les canonnières de Dijon et de Beaune, dont certaines n'ont été réalisées sur un modèle invariable que sous le règne de Louis XII, sont particulièrement intéressantes comme terme de comparaison avec celles de Lafauche ou de la "tour de la Canonnière" du château de Vignory. Leur analogie formelle est telle qu'on conduit à proposer une influence directe des chantiers Bourguignons des rois de France sur les châteaux en questions.
Or, Lafauche est depuis 1485 entre les mains de Jean de Baudricourt, qui précisément avait été nommé gouverneur de Bourgogne par Louis XI. Vignory lui appartient à partir de 1495. Ces circonstances autorisent à attribuer sans équivoque à Jean de Baudricourt la maîtrise d'ouvrage des fortifications du Château de Lafauche comportant ce type d'embrasures, ce
entre 1485 et 1499.
Ces ouvrages conservent aussi deux autres types d'embrasures utilisables avec des bâtons à feu. Le premier type est une embrasure plus spécifiquement conçue pour la défense des couronnements, et qu'on trouve donc au dernier niveau de la seule tour non arasée, la tour G.
Il faut préciser que cet étage équipé d'une cheminée terminait bien l'élévation en maçonnerie de la tour, portant directement le toit à l'origine, ce qui fait exclure toute hypothèse de superstructure maçonnée, à mâchicoulis par exemple. En attestent la relativement faible épaisseur du mur, réduite à 1m20 pour une tour de 9 m de diamètre, ce qui l'apparente à un parapet. En outre, la nature même des percements défensifs de cet étage est propre à un couronnement: il s'agit d'une alternance de créneaux et de meurtrières. Les créneaux étaient ici équipés de mantelets (volets de bois inclinés pivotants destinés à dérober les créneaux aux tirs frontaux des assaillants) portant sur des corbeaux de pierre encore en place. Les meurtrières sont mixtes: par leur plan en x, ébrasé tant à l'intérieur qu'a l'extérieur, elles s'apparentent à l'embrassure à la française. Par leur élévation, l'étranglement formant une assez courte fente avec évasement en étrier à la base (16 cm de large), elles s'apparentent à l'archère-canonnière, ou à l'arbalétrière-canonnière. Leur profil est remarquable, parce que plongeant vers l'extérieur, tant niveau de l'appui que du couvrement. On en conclu que ces embrasures étaient utilisables en tir horizontal avec un tube à feu portatif léger, et en tir fichant avec un arc, mais peu adaptées à l'arbalète. Malgré la rareté d'embrasures reconnues et datées de ce type, on peut les comparer à certaine embrasures de parapet présentes aux ouvrages de l'enceinte du Mont-Saint-Michel, notamment celles de la tour de la Liberté ( c. 1481), analogues en plan et alternat aussi avec des créneaux, semblable aussi en profil, à cela près qu'au Mont, il n'y a pas de fente pour l'arc au-dessus de la bouche à feu, ce qui porte à croire qu'on pouvait incliner le tube à feu
31 - On considère généralement que les tubes à feu de l'époque, à chargement par la bouche ne pouvaient être inclinés, au risque de perdre le boulet avant le tir.
(31). Enfin, un dernier type d'embrasure est représenté par un unique exemplaire, restauré en 1995, dans la courtine G-H Caractérisée elle-aussi par son plan à double ébrasement "à la Française ", cette embrasure forme vers l'intérieur une niche très largement ébrasée ou un homme peut tenir debout; son ébrasement extérieur a un couvrement horizontal et non longeant, enfin, son étranglement est une coute fente percée en son milieu d'un trou circulaire. Tous ces traits la désignent à priori comme une embrasure mixte de type arbalétrière-canonnière, dont la formule est plus précoce que l'embrasure à la française horizontale, mais coexiste avec elle à la fin du XVe siècle.
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