La tradition selon laquelle le Château de Lafauche aurait été édifié au XIe siècle, mentionnée par les historiens depuis Jolibois, ne repose sur aucune preuve, et paraît avoir une origine fantaisiste
1 - JOLIBOIS : La Haute-Marne ancienne et moderne, Chaumont,1858,p. 285, s'est inspiré pour sa notice sur Lafauche d'une description manuscrite due a un témoin anonyme qui avait connu le château avant la revolution et qui affirme:Le château de La fauche a été bâti au Xie siècle suivant le millésime trouvé sur une ferrure de la porte à l'occident..." (A.D.Hte Marne,coll.Jolibois,19J8,f° 5-6)
(1). Cela ne l'empêche pas de perdurer jusqu'à nos jours par la signalétique placée par l'equipement aux abords du château, ou encore dans les prospectus touristiques.
Le premier seigneur connu par des chartes en faveur d'établissements monastiques est Hugues de Lafauche qui vivait au milieu du XIIe siècle,et donna en 1158 aux religieux de morimond, établis à La Crête, le domaine de Dosme ou d'Audeuil, avec le droit de pâture sur ses terres. Il faut attendre la génération suivante pour trouver la première mention d'un château à Lafauche.
HUGUES II de Lafauche, chevalier banneret de Philippe-Auguste, confirme la
Donation antérieure et fonde le prieuré de Remonveaux. Il est, pour sa terre de Lafauche, sous la suzeraineté du sire de Joinville, lui-même vassal du comte de Champagne.
En 1218, Hugues II refuse l'hommage au sire de Joinville qui avait pris le parti du comte de Brienne contre Blanche de Navarre, comtesse de Champagne. Simon de joinville ayant fait sa soumission le 7 Juin, la comtesse lui restitua la mouvance de Lafauche.
En Juillet de la même année, Hugues de Lafauche avait repris en fief de Blanche de Navarre 20 livres de rente sur les foires de Bar-surAube "à condition d'aider la dite comtesse de son Château de Lafauche"
2 - Idem, p.158-159.
(2)
. Cette clause en dit long sur l'intérêt stratégique qu'avait déjà ce premier Château de Lafauche, situé aux marches de Lorraine, pour les représentants de la puissance publique. Toujours en 1218, la comtesse fonde dans le même secteur, mais plus au sud, le château de Montéclair.
L'enjeu de politique territoriale que pouvait représenter la suzeraineté sur Lafauche est confirmé par l'attitude postérieure de Simon de Joinville, qui ayant obtenu de la comtesse Blanche et de Thibaud IV de Champagne l'hérédité de la charge de sénéchal de Champagne, leur reconnaît en contrepartie le droit de s'attribuer la mouvance directe de Lafauche
3 - H d'ARBOIS de jubainville: Histoire des comtes de champagne, t. IV, cat.des actes, n° 1124.
(3)
. Ce problème de mouvance ne manquera pas de resurgir au cours des siècles suivants.
La suite des seigneurs de Lafauche du XIIIe siècle est connue surtout par de nouvelles donations ou confirmations. Il appartiendra à Jean de Lafauche de suivre le mouvement général de son temps en accordant en Janvier 1294 et le 22 Juin 1300 des chartes de franchise en faveur des habitants de Lafauche, ou, plus précisément de Prez sous Lafauche
4 - Arch. Nat. T 188 (2) Inventaire de Broglie; anciens titres et chartes de la terre de La fauche.
(4)
. En effet, Prez était la paroisse de rattachement de Lafauche, qui n'avait d'autre équipement religieux que sa chapelle castrale, qui, desservie par des chanoines, apparaît dans divers texte avec le statut de collégiale.
Il semble qu'alors Lafauche n'ait consisté qu'en un château dont l'enceinte extérieure ou basse-cour abritait le peuplement du lieu. Il ne s'agit que d'une conjecture, qui se heurte à l'impossibilité de reconstituer ce premier château auquel aucun vestige monumental actuel prêtant sûrement à datation ne peut être associé.
Le 22 Janvier 1351, le partage de la succession de Guillaume de La Fauche fait l'objet d'un "traité entre Hue de Lafauche, seigneur de cesnel et Ogier de Donjeux, chevalier, seigneur de Lafauche tant en son nom que pour Marguerite de La Fauche sa femme..."
5 - Idem
(5).
Le 6 Janvier 1362, le Château de Lafauche est assiégé par échelage pendant que l'on célébrait la grand messe dans l'église collégiale castrale
6 - Inventaire des titres de la principauté de Joinville par M. Gillet, notaire à Troyes, fol.194,v°; A. Roserot,p.16.
(6) , par le parti d'Humbert de Bulgnéville, époux de Jeanne de Lafauche, fille de Hue de Lafauche et de Jeanne d'Anglure. Outre Lafauche, Humbert s'est aussi rendu maitre en 1363 du château de Vignory, propriété de Jean II de Dampierre-saint-Dizier.
Un arrêt du parlement du 21 Mai 1365 assigne personnellement le nommé Humbert de Bulgnéville, comme usurpateur du Château de Lafauche, ses complices et adhérents, au Parlement de Paris pour se voir condamner à rendre et restituer audit Henry de Donjeux le Château de Lafauche et ses appartenances, ensemble les titres et papiers qui les concernent."
7 - Vidimus du 21 Juin 1365,Arch.Nat T 188 (2)
(7)
En vertu de cet arrêt, le 2 Juin 1366, "saisie est faite à la requête d'Henry de Donjeux et de Marguerite, sa soeur, du château de La Fauche et toutes les terres en dépendantes"
Arch.Nat. T 188 (2) . Humbert de Bulgnéville mourra à Ligny en Barrois le Avril 1368.
(8)
.
Le contexte de la guerre de Cent-ans, comme l'indiquent ces épisodes, renforcent le pouvoir dont disposent les possesseurs, par le droit ou par la force, de châteaux forts. Alors aussi se réveillent logiquement les querelles de suzeraineté: Le 4 Août 1372, une transaction a lieu "entre Jean de Bourgogne, seigneur de Joinville et Jean de Roiches, seigneur de La Faulche, pour passer par l'arbitrage de Jean, seigneur de la vigne et Mr Pierre Pouy, pour décider le désaccord entre lesdits seigneurs au sujet de la mouvance de La Faulche, prétendue par le dit seigneur de Joinville relever de luy".
Idem
(9)
Ce problème de la mouvance de Lafauche devait rester sensible par la suite, surtout après le passage de la baronnie de Joinville à la maison de Lorraine-Vaudémont, à partir de Fery de Lorainne, au début du XVe siècle.
Une certaine Jeanne de Saint-Denys, dame de La fauche, de la Roche(= de Roiches?) fait passer la seigneurie à la famille de Vergy dans le dernier quart du XIVe siècle par son mariage avec Jacques de Vergy. Jacques mourut avec son frère Guillaume à Nicropolis en 1396. C’est le fils de Guillaume qui héritera de Lafauche : Jean de Vergy, IV du nom, seigneur de Saint-Dizier, Vignory, Lafauche, sénéchal et gouverneur de Bourgogne, présent aux cotés du duc à l'entrevue de Montereau, reçu l'an 1433 l'ordre de la Toison d'Or et mourut en 1460 sans postérité.
Louis MORERI: le grand dictionnaire, 1735, t. VI, Vergy, p.62
(10)
Il est très possible que Jean de Vergy, personnage important, titulaire actif de la seigneurie durant plus d'un demi-siècle, ait entrepris des travaux de fortification ou reconstruction au Château de Lafauche, d'autant qu'il est par ailleurs responsable de la reconstruction de l'enceinte du bourg de Vignory dès 1416. Cependant l'absence d'éléments sûrement datables de cette période dans les restes actuels du château ne permet pas de lui attribuer quoi que ce soit.
Les termes de la charte du 8 Juin 1436, confirmant aux habitants de Lafauche les franchises accordées en 1294 et 1300, précisent que Jean de Vergy a
A la mort de Jean de Vergy succède une période durant laquelle ses biens changent de mains, connue pour Vignory, mais mal documentée en ce qui concerne Lafauche.
Les droits de propriété sur la seigneurie de Lafauche et sur son château apparaissent ensuite entre les mains de personnages de grande envergure : Une quittance de 750 livres tournois datée du 1 juillet 1485 est « donnée par Antoine de Luxembourg et Antoinette de Beffroymont son épouse à haut et puissant seigneur de Baudricourt et dame Anne de Beljeu sa femme, pour l’achat de la quatrième partie par indivis de la maison-forte, terre et seigneurie de La fauche. »
Idem
(14)
-Antoine de Luxembourg, fils puiné du connétable disgracié Louis de Luxembourg, fut comte de Brienne, de Roucy, de Ligny, baron de Ramerupt et de piney, et sera chambellan ordinaire de Louis XII ; Atoinette de Bauffremont, sa première épouse, est fille et héritière de Pierre de Bauffremont, comte de Charny, chevalier de la Toison d’Or, et de Marie, fille légitimée de Philippe Le Bon, duc de Bourgogne.
Louis MORERI : le grand dictionnaire, 1735, t.IW, Luxembourg, p. 285
(15)
Jean de Baudricourt, seigneur de Baudricourt et de Choiseul, est le fils de Robert de Baudricourt, le fameux capitaine de Vaucouleurs, et l’époux d’Anne de Beaujeu. Allié en 1465 à Charles de Bourgogne, comte de Charollais, dans la Ligue du Bien public, il s’attache ensuite au service de Louis XI, qui lui donne le collier de Saint-Michel et le nomme Gouverneur de Bourgogne. En 1488, après la victoire de Saint-Aubain du Cormier, il est nommé Maréchal de France. Il suit Charles VIII à Naples en 1495 et meurt à Bois le 11 Mai 1499.
Louis MORERI : le grand dictionnaire, 1735, t.II, Baudricourt, p. 123-124
(16)
Les Critères de l’archéologie monumentale portent à attribuer à Jean de Baudricourt la très importante campagne de reconstruction qui est responsable de l’ensemble de l’élévation de l’essentiel et du plus signicatif des ouvrages actuels du Château de Lafauche. Le rôle du personnage en Bourgogne au service des rois de France, de Louis XI à Louis XII, justifient en outre parfaitement l’influence directe de fortifications royales comme le château de Dijon sur les formes défensives des nouveaux ouvrages du Château de Lafauche.
Une description détaillée de l’état du château avant la révolution indique que la porte intérieur du château dite « Porte des Griffons », était timbrée aux armes de Lorraine et de France
A.D. Hte Marne, coll. Jolibois, 19 J 8. f° 5-6. Information reprise par JOLIBOIS, op ; cit.
(17), ce qui peut s’expliquer dans ce dernier tiers du Xve siècle comme un signe d’allégeance et de neutralité du seigneur de Lafauche face à ses suzerains, d’une part les ducs de Lorraine de la maison de Vaudémont, qui possédaient la baronnie de Joinville, dont relevait historiquement Lafauche, d’autre part le roi de France, en principe suzerain direct au moins depuis une mesure prise dans ce sens par Charles VI aux « Grands jours de Troyes » en 1409.
Après Jean de Baudricourt, Lafauche passe à Jean d’Amboise, fils de Pierre d’Amboise, seigneur de Chaumont sur Loire, et d’Anne de Bueil, conseiller et chambellan de Louis XI et Louis XII, bailli de Chaumont et lieutenant général de Normandie. Il avait épousé le 30 Juin 1474 Catherine de Saint-Berlin, qui hérita de toutes les terres de la maison de Baudricourt après lamort de son oncle Jean de Baudricourt en 1499 : Choiseul, La Fauche, Vauray, Blaise, Vignory, Sexfontaines.
Louis MORERI: le grand dictionnaire, 1735, t. l, Amboise, p; 362. Catherine était fille unique de Geoffroy de saint-Belin, bailli et capitaine de Chaumont, et de Marguerite de Baudricourt, soeur de Jean de Baudricourt.
(18)
Jean eut d'elles Jacques d'Amboise.
En 1559 Françoise d'Amboise, veuve successivement de René de Clermont et de Charles de Croÿ, est dame de Lafauche.
MORERI, ibid
(19)
Son fils Antoine de Clermont, dit d'Amboise, semble avoir négligé son Château de Lafauche dans les décennies suivantes, époque à laquelle les guerres de religion redonnent quelque actualité aux fortifications privées.
Dans ce contexte, le roi Henri III fait prendre et occuper en 1580 le Château de Lafauche par Joachim de Dinteville, lieutenant général au gouvernement de Champagne et de Brie.
Le 15 Septembre 1582, la seigneurie de Lafauche fait l'objet d'un décret d'adjudication, " avec appartenances et dépendances, saisies sur les enfants mineurs de Mgr. Antoine de Clermont d'Amboise au profit de haut et puissant seigneur Mgr Anne de Joyeuse, pair et amiral de France moyennant 138000 livres."
Anne de Joyeuse, baron de Lafauche, acquiers le 21 Nov . 1583 " de Simon Descavés de Liffol le Petit, tous les biens qu'il peu avoir au greffe de la baronnie de ladite Faulche..."
Arch. Nat. T 188 (2)
(20)
Entre 1595 et 1599 Mme de Joyeuse est baronne de Lafauche. Il s'agit de Marguerite de Lorraine, fille de Nicolas de Lorraine, duc de Mercoeur, et petite-fille d'Antoine, duc de Lorraine et de Bar, comte de Vaudémont.
Remariée en 1599 à François de Luxembourg Marguerite de Lorraine, lui apporte la baronnie de Lafauche, pour laquelle ils rendent aveu et dénombrement le 23 Mai 1602.
Idem
(21)
Le 5 Nov. 1627 Henri de Lorraine, neveu de Marguerite de Lorraine, seigneur et baron de Lafauche et autres lieux, acquiers une portion de terre sise au finage de Lafauche au dessous de la vigne du château, 4 journaux et demi, à Bertrant de Reanoc, seigneur d'Habranville.
Henry de Lorraine, marquis de Moÿ, fait donation de la baronnie de Lafauche, à laquelle est attaché la possession " des hauts des mines pour ses forges et fourneaux"
La description début XIXe s, citée note 1, reprise par JOLIBOIS, précise: "Au bas du château, le seigneur avant anciennement un fourneau à fondre le fer avec sa halle à charbon, et le trait de la mine . Cette usine rapportait par an deux cent livres à la fin du XVIIe siècle........"
(22) , à son neveu Hyacinthe, prince de Ligne, marquis de Moÿ. La prise de possession, le 20 Aout 1673 par Achille de Harlay, chevalier, sg de Stain, vicomte de Beaumont, conseiller du roi, procureur général de sa majesté.... tuteur honoraire du donataire précise que:
Vendu comme bien d'émigré le château allait être exploité au cours du XIXe siècle comme carrière de pierre. Les parties de l'enceinte et des bâtiments déjà délabrées furent systématiquementdépecées de leurs parements de pierres de tailles, les logis et les tours du "donjon" ou de la cour haute démolies pour la plupart jusqu'au niveau du sol pour en récupérer les matériaux, et leurs vestiges ensevelis dans les coulées de décombres.
Seul, le corps de logis du front d'entrée de la basse-cour, augmenté d'une travée au sud de la porte vers le début du XIXe siècle, resta occupé et entretenu, avec la tour d'angle mitoyenne qui était une annexe, l'autre tour étant au mieux laissée à l'abandon au bout d'une courtine qui n'allait pas tarder à s'écrouler dans le fossé. Vers 1900, ce logis, délabré, était encore Couvert, sinon habitable
d'après une gravure de 1888, et les photos accompagnant l'article de A. ROSEROT, sans
doute prises vers 1900.
(30), et la tour voisine était couverte d'un toit économique a deux pentes, qui avait dû remplacer depuis plusieurs décennies l'ancienne couverture. Vers 1910, les toits du bâtiment 1740 et de la tour sont effondrés, mais la porte du château a encore des vantaux (du XIXe s ). Lorsqu'en Juillet 1926, l'architecte en chef des Monuments Historiques Julien Polti rapporte au directeur des beaux-arts le projet de protection des ruines du Château de Lafauche au titre de l'inventaire supplémentaire, qui sera adopté par arrêté de 4 Février 1927, le château est dans un état sensiblement analogue à celui dans lequel le trouvera l'association de sauvegarde " Les Amis du château ", en 1983. Alors, la commune achète le château à la famille Rothéa qui le possédait depuis plusieurs générations, et l'association procède au débroussaillage des ruines en 1986. Les travaux de restauration proprement dits ont été entrepris à partir de 1988, les trois premières années selon un parti restitutif inspiré du plan du début du XVIIIe siècle, ce qui a entrainé le choix, contesté depuis, de la destruction des restes du logis de 1740.
Le Château - L'histoire du château - Les prossesseurs et les maitres d'ouvrage - Analyse architecturale - Vestiges du château antérieur au XVe - Un critère datant : les canonnières - Ouvrages de la fin du XVe siècle - La porte de lorraine - La porte de France - Autres constructions disparues - Les Visites - L'association - Chantier Jeunes - Actualités Evénements - Galerie photos -Localisation - Contact - Liens partenaires